Le premier média indépendant et entièrement financé par le crowdfunding en Bulgarie

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La Bulgarie au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 par RSF. Capture d'écran

La Bulgarie au Classement mondial de la liberté de la presse 2015 par RSF. Capture d’écran

Selon Reporters Sans Frontières (RSF), la Bulgarie est classée 106e sur 180 pays (cf. image supra). Le classement « Freedom of the Press 2015 » par Freedom House la donne première parmi les pays des Balkans. Ce qui, connaissant la situation des médias et l’auto-censure galopante dans la région, n’est pas exactement un exploit. Pas étonnant alors qu’en Bulgarie, plus de 80% des gens ne font pas confiance aux médias.

Pour cette et autres raisons, Kiril Bespalov et ses amis ont décidé de créer KlinKlin.bg, un site web d’information innovant dont la ligne éditoriale est entièrement décidée par le lectorat. Une campagne de pré-abonnement et de financement participatif a également été lancée, en voici la vidéo promotionnelle (en bulgare avec des sous-titres en anglais) :

Le fonctionnement est relativement simple et ressemble à celui d’autres médias innovants tels le canadien Ricochet (ricochet.media) et Contributoria, une plate-forme fondée par The Guardian. L’idée est que les lecteurs définissent les thématiques, la rémunération des auteurs et l’angle à travers lequel une question sera traitée. La contribution et les rôles de chacun des différents participants au cycle de la production d’information sont résumés sur le site web de KlinKlin.bg (en bulgare seulement mais je vous ai raconté l’essentiel).

Débutant le 29 avril 2015, KlinKlin.bg a aussi demandé, via un sondage ouvert à tout le monde, quels types de contenus et thématiques intéressent le lectorat futur. En voici les réponses :

  • types de contenus préférés : les reportages, les investigations et les entretiens sont plébiscités (25%, 21% et 21% respectivement), suivis par  les commentaires, essais et autres ;
  • thématiques préférées : le développement durable l’emporte (seule thématique à 10%), suivi par urbanisme, énergies, « économie du futur », géopolitique et dépenses publiques pour les nuls (9% chaque thématique, respectivement). L’éducation et l’internet ouvert suivent avec 8% chacun.

[Bon, je le dis mais pas trop fort : il y a des chances que j’y contribue à l’avenir, mais chut, les projets en questions sont encore dans les cartons.]

Jusque-là, le projet a recueilli 10% des fonds nécessaires à un démarrage réussi. L’idée est ambitieuse, c’est vrai : on a vu de nombreux pure players commencer, puis plus ou moins rapidement se trouver en difficulté et/ou se faire racheter par des mastodontes de l’information.

Mais les temps ont changé aussi : ce genre de nouveaux médias apparaît de plus en plus souvent, le recours au financement participatif se fait de plus en plus fréquemment et, qui plus est, avec succès. Deux exemples très récents :

  • un projet de média russe indépendant propulsé par Vladimir Yakovlev, le créateur de Kommersant (l’équivalent, en Russie, de Les Echos), dont la campagne de financement participatif sur Kickstarter a atteint la cible initiale ;
  • Direkt36, un média indépendant hongrois dédié au journalisme d’investigation, lequel a également atteint sa cible initiale. On parle de deux pays où il ne fait pas bon vivre quand on roue dans les brancards du pouvoir en place. Mais il y a suffisamment de gens pour décider d’opter pour le financement participatif et pour faire confiance à une autre version de média, moins classique, plus jeune et résiliente.

Parce que le mode de financement n’est pas le seul changement introduit par les médias innovants tels que KlinKlin.bg. Certes, la ligne éditoriale ne colle pas aux modèles bien connus et très couramment employés par les acteurs traditionnels. Mais la manière de percevoir et définir les contenus change aussi : on n’a plus à faire aux traditionnelles catégories « Monde », « [Nom de pays d’origine du média] », etc. Les lignes idéologiques sont également gommées car comment en garder une quand personne ne vous l’impose par le biais du financement et parce que, de toute manière, c’est un groupe de personnes avec des idéologies hétérogènes qui décide ?

Enfin, une distinction très claire s’opère entre le fait d’être informé(e) et l’activité de média relatant des nouvelles. On n’est pas mieux informé(e) seulement parce qu’on est à jour avec les coûts comparés du sauna et du thalasso au début de la saison estivale. Certains médias tels qu’Inkyfada en Tunisie ou encore Quartz font déjà ce distinguo en se focalisant sur le contenu plutôt que sur la catégorie à laquelle il appartiendrait. Oui, c’est fouillis, mais qu’est-ce que c’est agréable de sortir ses pensées engoncées dans les boîtes mentales d’autrui.

En bref : bon vent à KlinKlin.bg !

Un peu de lecture : Here’s a recipe for successfully crowdfunding journalism in 2015, Nieman Lab, Feb 2015

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